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Une grève peu ordinaire : Decazeville 1961- 1962

Par Philippe Marcy
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Suppléments
Jean Philippe Marcy est correspondant départemental de l’Aveyron IHTP et membre d’Arkheia.

(...) présence de prêtres aux manifestations est remarquée mais elle est généralement bien accueillie. Le clergé de Decazeville veut respecter l’autonomie du Comité intersyndical et l’évêque Mgr Ménard est invité à rencontrer les militants de l’Action Catholique Ouvrière . L’évêque dans un communiqué le 23 décembre se réjouit de la dignité et de l’unité du mouvement, et parle de justes revendications. Une grève est organisée le jour de Noël. L’évêque, accompagné de Mgr Foulquier, vicaire général, est présent à Decazeville et des messes sont célébrées au fond de la mine. Les sermons prononcés révèlent cette présence active. Toute forme de soumission doit être rejetée : « Construisez dès ici-bas un monde plus juste et plus fraternel (...) le péché autour de nous [s’appelle] injustice, faim, chômage, guerre, mauvaise répartition des richesses, mépris des libertés ouvrières . » Le préfet informe immédiatement les ministres concernés que les autorités religieuses les plus élevées ont fait connaître qu’elles considéraient légitimes les revendications des mineurs. » Le 27 décembre, dix jeunes décident de faire une grève de la faim de trois jours pour soutenir les mineurs. Le maire de Decazeville et ses adjoints descendent au puits central. Le 28 décembre, 4000 (d’après le préfet) 10000 (d’après la JOC et l’ACO) manifestants se réunissent à Rodez, dont 2000 femmes de mineurs. Les commerçants ont fermé les magasins. On trouve ces inscriptions : « Pas d’aumône. Notre dû » « Depuis 10 jours nos maris sont au fond » « Nous lutterons à côté de nos maris jusqu’à la victoire ».

La réaction des élus

En même temps, les conseils municipaux des communes du Bassin Houiller démissionnent. Le préfet refuse les démissions mais les maires se considèrent comme démissionnaires. Il reçoit successivement les parlementaires et Marcel Bruel . Le 31 décembre 1961 se réunit L’assemblée extraordinaire des maires de l’Aveyron. Boscary-Monsservin, le député modéré, met le gouvernement en garde « contre les dangereux incidents qui peuvent se produire ». Marcel Bruel déclare : « le combat des mineurs n’est pas seulement celui des mineurs mais celui d’un pays tout entier menacé de condamnation. Ce qui touche les mineurs aujourd’hui c’est ce qui arrivera un jour aux petits agriculteurs. » Les déclarations de M. de Lapanouse, maire de Rodez et Président de l’Association Départementale des maires vont dans le même sens : « La lutte des mineurs est la lutte de tout un département . » Il y a un accord sur le principe d’une démission avec grève administrative partielle immédiate. Mais le préfet considère que de nombreux maires, surtout dans le Sud Aveyron sont réticents « à se lancer dans des mouvements inconsidérés ». Dans une motion, ils protestent contre l’information tendancieuse de la télévision et de la (...)


Réagir à cet article 2 Messages de forum
  • Une grève peu ordinaire : Decazeville 1961- 1962
    8 juin 2010 22:33, par Donato Pelayo
    Vous évoquez la grève de la faim des mineurs. Vous omettez de mentionner que six fils de mineurs,à mon initiative, avaient courant décembre fait une grève de la faim salle du conseil municipal puis de l’Amicale laïque,pendant une semaine. Après être passé par l’école normale d’instituteur de Rodez, j’étais alors à Montpellier où je préparais le concours d’entrée à l’ENS.J’avais abandonné ma préparation pour venir à Decazeville où mon père , réfugié républicain espagnol,était mineur Voilà il s’agit d’un détail. Qui 50 ans après n’a plus guère d’importance.
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    • Une grève peu ordinaire : Decazeville 1961- 1962
      5 juillet 2010 17:05, par webmaster

      Monsieur, bonsoir,

      merci pour votre message et les précisions qui apparaîtront à la fin de l’article de notre auteur. si toutefois vous aviez un témoignage avec des photos à nous transmettre nous pourrions les publier. Cordialement, Max Lagarrigue


      Répondre à ce message

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