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Une grève peu ordinaire : Decazeville 1961- 1962

Par Philippe Marcy
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Jean Philippe Marcy est correspondant départemental de l’Aveyron IHTP et membre d’Arkheia.
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(...) la reconversion doit se faire dans le climat humain et social le plus favorable. Le Conseil ne demande pas le maintien de la mine, a fortiori, il n’attaque pas la politique gouvernementale, mais les mineurs vont affirmer que le Conseil général les soutient. Les élus politiques vont alors faire des gestes symboliques : démission fin décembre des conseils municipaux du Bassin Houiller, démission à partir du 1er janvier 1962 de 230 maires. Mais ces démissions sont sans danger. (Les services d’Etat Civil et du Budget restent assurés) Mais ces démissions sont souvent accompagnées de subventions ou de lettres qui expriment leur volonté de défendre un département déshérité. Les parlementaires ne restent pas inactifs, notamment Trebosc et Boscary-Monsservin, ancien ministre de l’agriculture sous la IVe République. Le 9 janvier marque un tournant important. La grève est très largement suivie sur le département. Il ne s’agit plus de défendre uniquement le maintien de la mine mais de poser le problème beaucoup plus vaste de devenir des régions déshéritées. Deux hommes jouent un rôle important : Marcel Bruel et Robert Fabre, maire de Villefranche. Tous deux lancent l’idée de la création d’une fédération de département déshérités. Pendant ce temps, le Conseil général souhaite la tenue d’une table ronde. Le ministre de l’Industrie ne veut pas céder, il ne pourra y avoir de discussion qu’après la fin de la grève. Le Conseil Général refuse de démissionner.

Les représentants des organisations syndicales et professionnelles de 17 départements se réunissent à Rodez le 21 janvier 1962. Le lendemain se réunissent 24 parlementaires originaires de 8 départements. Les responsables syndicaux sont beaucoup plus audacieux que les responsables politiques. Personne n’est prêt à brandir le chapeau de la sécession 106.

Le 26 janvier, 50000 manifestants à Decazeville expriment leur volonté de défendre la survie de régions victimes de la politique du pouvoir central. La fin de la grève peut être interprétée comme un échec, les mineurs obtiennent surtout des promesses. Les problèmes ne seront pas résolus et le Bassin va connaître de nouvelles fermetures dans les années 1980. Il n’empêche la grève de Decazeville est porteuse de nouvelles formes de lutte ou de nouveaux thèmes. Les idées de décentralisation, de mise en place de véritables structures régionales, de lutte contre les déséquilibres régionaux font leur chemin. La nature et la forme même de certains conflits s’est transformée. 

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Réagir à cet article 2 Messages de forum
  • Une grève peu ordinaire : Decazeville 1961- 1962
    8 juin 2010 22:33, par Donato Pelayo
    Vous évoquez la grève de la faim des mineurs. Vous omettez de mentionner que six fils de mineurs,à mon initiative, avaient courant décembre fait une grève de la faim salle du conseil municipal puis de l’Amicale laïque,pendant une semaine. Après être passé par l’école normale d’instituteur de Rodez, j’étais alors à Montpellier où je préparais le concours d’entrée à l’ENS.J’avais abandonné ma préparation pour venir à Decazeville où mon père , réfugié républicain espagnol,était mineur Voilà il s’agit d’un détail. Qui 50 ans après n’a plus guère d’importance.
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    • Une grève peu ordinaire : Decazeville 1961- 1962
      5 juillet 2010 17:05, par webmaster

      Monsieur, bonsoir,

      merci pour votre message et les précisions qui apparaîtront à la fin de l’article de notre auteur. si toutefois vous aviez un témoignage avec des photos à nous transmettre nous pourrions les publier. Cordialement, Max Lagarrigue


      Répondre à ce message

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