Arkheia, revue d'histoire

Une relation déséquilibrée : La France selon Azaña, Azaña selon la France

Par Bartolomé Bennassar
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Azana 2 / hors série
Bartolomé Bennassar professeur émérite de l’unversité Toulouse-Le Mirail. Il est l’un des meilleurs spécialistes français de l’Espagne. Il a notamment publié La Guerre d’Espagne et ses lendemains (Perrin, 2004) et une magistrale biographique de Franco (Perrin, 1995).

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Les premières Journées Azaña ont eu lieu en novembre 2006 à l’initiative de Jean-Pierre Amalric et celles de cette année représentent par conséquent le deuxième volet de l’entreprise. Il faut cependant rappeler qu’avec la collaboration de Paul Aubert, Jean-Pierre Amalric avait publié en 1993 dans les Collections de la Casa Velazquez un important volume, Azaña et son temps. Il est juste de reconnaître que, si le volume fut publié en langue française, et c’est important, la plupart des collaborateurs de cet ouvrage étaient des Espagnols. Sur 25 auteurs il n’y avait que 5 Français. Ces chiffres illustraient une réalité : Manuel Azaña était mal connu en France. D’ailleurs, sur 12 jugements sélectionnés par Paul Aubert à propos d’Azaña et de son oeuvre, publiés en fin de volume, 11 émanaient d’Espagnols, un seul d’un Français. Tout à la fois montalbanais, historien et hispanisant, Jean-Pierre Amalric a estimé qu’il convenait de rendre justice à un homme (homme politique et écrivain) dont l’échec final et la mort de la IIe République espagnole avaient dévalué le rôle et altéré l’image. Le premier mérite de cette entreprise est donc d’ébaucher le rééquilibrage de la relation entre Azaña et la France. Et c’est un peu le sens de mon intervention comme ce fut le sens des journées 2006. Les interventions de Max Lagarrigue, Jean-Pierre Amalric, Joseph Pérez, Bruno Vargas, Jean-François Berdah et Émile Temime ont en effet démontré qu’à cet égard le changement était réel. Je voudrais aujourd’hui tenter de définir les regards portés par quelques Français sur Manuel Azaña. Lorsqu’ilsconcernent l’État, ils témoignent le plus souvent d’un effort d’objectivité et de compréhension non négligeables. En revanche, et c’est très regrettable, l’homme de culture, l’écrivain, est presque ignoré des Français et ce d’autant plus que les oeuvres d’Azaña n’ont pas été traduites ; c’est seulement aujourd’hui que le plus important de ses romans, El jardín de los frailes, que l’on peut considérer comme l’expression littéraire de son anticléricalisme militant, est en cours de traduction. En ce sens, le cas personnel illustre parfaitement ce qu’il écrivait lui-même dès 1911 dans un texte consacré à l’influence française en Espagne et très favorable à la France. Néanmoins, écrivait-il : « L’injustice des Français envers nous est indéniable. Leurs propos sont légers, leur ignorance proverbiale des choses de l’Espagne irritante ». Et, alors qu’il traduisait lui-même nombre d’oeuvres françaises contemporaines dont, par exemple, Simon le Pathétique, de Giraudoux, il a dû plus tard éprouver quelque frustration à ne pas être traduit en français. Je donnerai d’emblée un exemple de ce double regard très mal partagé. Le tome 6 de l’Encyclopaedia Universalis a été publié en 1968. Il contient un long article (...)

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