Arkheia, revue d'histoire

Le mircacle du Chambon-sur-Lignon

Par Patrick Cabanel
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Article publié dans
Arkheia 25-26-27
Auteur : Agrégé d’histoire, ancien élève de l’École normale supérieure, Patrick Cabanel est professeur d’histoire contemporaine à l’Université Toulouse II-Le Mirail.

Le Chambon-sur-Lignon et les communes avoisinantes de Haute-Loire et de la haute Ardèche forment une enclave protestante sur le flanc est du Massif central. Elles ont accueilli et sauvé des centaines de juifs au cours de la Seconde Guerre mondiale. On a parlé de 5000 réfugiés, la réalité se situe sans doute aux alentours de 3500, en comprenant ceux qui ont séjourné sur le Plateau aussi bien que ceux qui n’ont fait qu’y passer avant de repartir, munis de faux papiers et utilisant des filières protestantes, vers la Suisse.

Comment expliquer ce « miracle » du Chambon, pour reprendre une expression qu’avaient formée, au même moment, des réfugiés accueillis à Dieulefit (Drôme) ? Des raisons diverses ont concouru à l’organisation et au succès d’une telle place forte du refuge pour les juifs. Raison générale, la géographie physique et humaine : un espace rural de montagne, « loin de tout » mais bien relié au monde (via le chemin de fer), une dissémination de l’habitat et une polyculture vivrière aptes à cacher et nourrir des clandestins, une société bien structurée par ces « notables » respectés que sont les pasteurs et les instituteurs, enfin l’habitude d’une clientèle urbaine et bourgeoise « en villégiature ». Moins répandue, sans être exceptionnelle, l’arrivée, depuis le début du siècle, de milliers d’enfants du bassin houiller de Saint-Étienne venus refaire leurs forces durant l’été. Des structures d’accueil collectif sont en place, les enfants juifs pourront se mêler à ceux des mineurs. Enfin, ce trait que Le Chambon partage avec les Cévennes et Dieulefit : le protestantisme huguenot. Entendons par là une religion nourrie de la lecture de la Bible, spécialement l’Ancien Testament avec les Hébreux et Israël, et une mémoire de minorité marquée par la persécution, l’isolement, la fidélité : pour ces deux raisons, les juifs sont regardés ici avec une sympathie que l’on ne retrouve nulle part ailleurs en France ou en Europe, sauf dans les milieux calvinistes de Hollande ou vaudois (en Italie). Les pasteurs du Plateau, les militants protestants de la Cimade ou du Secours suisse aux enfants, les militants juifs de divers réseaux clandestins, n’ont pas de mal à convaincre les propriétaires de pensions et les paysans du Plateau de cacher des enfants, beaucoup d’enfants, mais aussi des adultes. À part une catastrophe, la rafle de la maison des Roches (un foyer d’étudiants), le refuge des Juifs a traversé les années de guerre sans véritable encombre.

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