Arkheia, revue d'histoire

Varsovie 1944 : une insurrection pour la liberté

Par Jean-Louis Panné
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Article publié dans
Arkheia n°14-15-16
Jean-Louis Panné est assistant éditeur chez Gallimard (collection Quarto). Il est l’un des auteurs du Livre noir du communisme (Laffont, 1997) et vient de republier (avec C. Gervais) l’ouvrage fondamental de Jan Karski, Mon témoignage devant le monde. Histoire d’un État secret (Point de Mire, 2004).

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Les Français ont trop tendance considérer l’histoire de la Seconde mondiale qu’au travers des événements survenus sur le territoire national. Pourtant, à l’échelle européenne, il en existe dont les enjeux étaient plus décisifs : cas de l’Insurrection de Varsovie.

Le 5 octobre 1944, les combattants de l’Armée de l’Intérieur (Armia Krajowa), qui reconnaissent pour autorité légitime le gouvernement légal polonais en exil à Londres et qui sont commandés par le général Bor-Komorowski, déposent les armes. Les Allemands ont accepté de leur reconnaître le statut de soldats réguliers que les Anglo-Américains leur avaient attribué. Après 63 jours de combat acharné – les Allemands parlent alors d’un « second Stalingrad » – la plus grande insurrection urbaine de la Seconde Guerre mondiale prend fin, vaincue. Il s’agit de bien autre chose que d’une simple défaite militaire : la résistance polonaise qui visait à affirmer la légitimité des autorités de Londres, la continuité de la République et l’intégrité territoriale de la nation a échoué. Les pertes civiles sont évaluées à 200000 victimes, les pertes militaires à 18000 tués, 70000 blessés. Parmi ces combattants vaincus, il y a quelques Français dont un Toulousain, Étienne Caubet. Arrêté pour marché noir puis déporté et emprisonné à Cracovie, Caubet s’est évadé et a rejoint les maquis polonais. Dans un contexte politique particulièrement défavorable et mouvant, les chefs de l’AK qui, depuis 1940, préparent l’insurrection nationale, doivent prendre une décision. L’Armée allemande est en reflux, les Varsoviens manifestent de plus en plus ouvertement leur désir d’affronter les forces allemandes, les Soviétiques lancent des appels à l’insurrection (Radio-Moscou, le 29 juillet : « L’Heure a sonné pour Varsovie qui n’a jamais capitulé… ») relayés par Radio-Kosciuszko (une pseudo radio polonaise) et des tracts du PPR (Parti ouvrier polonais, communiste qui accuse le général Bor d’avoir quitté Varsovie), les avant-gardes de l’armée rouge semblent progresser inexorablement. Depuis fin juillet, la Wehrmacht recule devant l’offensive de l’armée rouge, débutée le 22 juin, et dont les chars atteignent la grande banlieue de Varsovie à quelques dizaines de kilomètres de la capitale. Lublin, à 120 km au sud-est de Varsovie est tombée entre les mains des Soviétiques le 25 juillet. Les Varsoviens assistent au spectacle du long défilé d’une armée en déroute et l’administration allemande évacue ses bureaux.Une soudaine tension s’installe le 27 juillet lorsque les Allemands veulent réquisitionner 100000 Varsoviens pour creuser des fossés antichars. Seuls quelques milliers se présentent. L’heure de la revanche n’a jamais semblé si proche, après quatre années d’oppression et de crimes. Le 31 juillet des avant-gardes soviétiques sont signalées à Praga, le quartier (...)


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