Arkheia, revue d'histoire

Vichy s’est-il voulu régionaliste ?

Par Alain Chatriot
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Article publié dans
Arkheia n°14-15-16
Auteur : Alain Chatriot est professeur agrégé d’histoire, docteur en histoire, Ater à l’EHESS et spécialiste de l’histoire administrative de la France. Il est l’auteur de La Démocratie sociale et de Au Nom du consommateur.

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« Des gouverneurs seront placés à la tête des grandes provinces fran-çaises et ainsi l’administration sera concentrée et décentralisée ». Cette déclaration de Pétain, dès le 11 juillet 1940, indique l’importance de la question régionale parmi les objectifs du régime de Vichy. Fidèle à sa culture politique, Pétain vante les mérites des provinces d’antan contre l’État centralisé républicain. La pratique administrative de Vichy apparaîtra ensuite complètement à l’opposé. Sa seule création – les préfets régionaux – seront les agents d’une centralisation renforcée.

Si les historiens ont déjà bien montré ce paradoxe de la politique vichyste (pour plus de détails, lire l’encadré de Cyril Olivier), il faut considérer que les problèmes posés par le régionalisme sous l’Occupation sont à resituer dans l’histoire complexe des projets et expériences de découpages régionaux antérieurs. En abordant les difficultés pratiques du découpage régional, on cerne le fonctionnement du régime de Vichy et l’on éclaire d’un jour neuf l’histoire longue de l’État et de son administration jacobine.

Un problème ancien

La question du découpage du territoire français est un problème ancien reposé vivement avec la Révolution française et la création des départements. Ceux-ci ne sont pas des créations purement arbitraires1 bien qu’ils aient souvent été stigmatisés comme peu fidèles aux provinces de la France d’Ancien Régime. Plus largement, le débat sur une éventuelle décentralisation après la mise en place de l’État jacobin des révolutionnaires et de l’Empire traverse tout le XIXe siècle. Si le thème est souvent porté par les royalis-tes, les républicains s’y sont parfois montrés favorables, comme lorsqu’ils sont dans l’opposition sous le second Empire. Le débat est parfois vif comme au début du XXe siècle où différentes campagnes régionalistes sont menées mais elles ne débouchent sur aucun résultat concret. Elle présente d’ailleurs alors un camp régionaliste assez divisé entre des figures purement réactionnaires comme Charles Maurras et d’autres républicaines modérées comme l’un des leaders de ce mouvement : Jean Charles-Brun2. Le régionalisme en France depuis le début du siècle est un véritable « carrefour idéologique »3. Les partisans du régionalisme se revendiquent aussi bien de l’anarchisme de Proudhon que du corporatisme de La Tour du Pin et les débats entre visée fédéraliste et régionalisme organiciste sont parfois vifs. Les publications des géographes, et avant tout celles de Paul Vidal de la Blache, le chef de file de l’École française de géographie, sont abondamment et diversement citées par tous les partisans du régionalisme. Les militants du régionalisme peuvent donc, durant l’entre-deux-guerres, ou bien se réclamer de soucis de rationalisation administrative, ou bien encore de (...)


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