Arkheia, revue d'histoire

Virgile Barrel, 1889-1979 de Dominique Olivesi

Par Max Lagarrigue
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Article publié dans
Critiques de livres
auteur : historien, directeur de la revue Arkheia.

(...) lorsque Renaud Jean demande à Barel de lui faire la préface de son ouvrage : “ La folie du jasmin ”. Il faut dire que ces deux trentenaires semblent avoir un parcours presque similaire. Anciens poilus, ils adhèrent tous deux pour les mêmes raisons à la jeune SFIC. L’horreur des tranchées en ont fait de farouches antimilitaristes et pacifistes. Ils militent dans le Sud, l’un dans le Sud-Ouest dans le pays de Marmande, l’autre dans le Sud-Est et parviennent à force d’opiniâtreté et de pragmatisme politique à briguer le mandat de député. Ils deviennent des notables rouges. Barel et Renaud Jean ont su dans leurs Midis respectifs enracinés un communisme qui a su s’adapter au terreau local. Captant avec intelligence et habileté un électorat qui n’était pas communiste, les deux hommes sont également profondément antifascistes au point qu’ils devancent l’appel d’union des forces de la gauche dans le Front Populaire. Enfin, ils refusent, en 1939, de dénoncer publiquement leur opposition au pacte germano-soviétique et sont emprisonnés pour cette raison par le gouvernement d’Édouard Daladier. Mais si les parcours et l’action des deux hommes semblent similaires, tous dans leurs idées et la perception qu’ils ont de leur parti, les séparent et les divisent. Là, où Virigile Barel, en zélé stalinien applique stricto sensu la nouvelle ligne politique du PCF, Renaud Jean, refuse le Pacte. Néanmoins, le gascon demeura silencieux face aux désaccords profonds qu’il a contre la politique de l’URSS et du PCF au lendemain du 23 août 1939. Par fidélité pour son parti et pour ne pas donner comme il le dit “ les armes à ses ennemis politiques ”, Renaud Jean préfère la prison à l’apostasie. A la Libération, la fidélité à toute épreuve du militant niçois fut récompensée, Barel put poursuivre une carrière politique nationale alors qu’ostracisé dans ses terres lot-et-garonnaises, Renaud Jean dû se contenter des miettes que lui laissaient le PCF qui l’avait remplacé nationalement par Waldeck Rochet et régionalement par Hubert Ruffe. Si les clés de la durabilité de Barel au sein du PCF sont sans aucun doute sa fidélité à toute épreuve à la politique thorézienne et par incidence à l’URSS, la matrice de son succès politique niçois repose sur une pratique moins orthodoxe. Dominique Olivesi signale que “ Barel défend les petits contre les gros ” tout comme Renaud Jean qui en fit son cheval de bataille en admonestant sans cesse le hobereau local qui ne travaille pas sa terre, rappelant à nombre de paysans les résistances paysannes à la féodalité. Plus original dans la démarche de Barel, c’est son imagination utopiste. En effet, Barel sait que les perspectives révolutionnaires sur la Côte d’Azur sont nulles. “ Dans cette région, la population laborieuse, loin de souffrir de la misère, vit des restes d’un capitalisme de luxe, insolent et prospère qui émiette ses (...)


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