Arkheia, revue d'histoire

Jan Karski, wikipedia et les négationnistes

Par Jean-Louis Panné
Retour au sommaire Retour au sommaire
Article publié dans
Seconde Guerre mondiale
Auteur : Historien et éditeur chez Gallimard, il fut jusqu’en 1984 secrétaire de Boris Souvarine. Il est notamment l’auteur de Boris Souvarine, le premier désenchanté du communisme (Robert Laffont, 1993) ; La négation de la famine en Ukraine (1932-1933) (L’Atalante, 2003) ; Jan Karski, Le roman et l’histoire (Ed. Pascal Galodé, 2010.)

(...) témoin : Jan Karski » est la traduction d’un article du Journal of Historical Review, publication de l’Institute for Historical Review, installé en Californie, mis en ligne en mai 1998.

La référence à l’interview de Raul Hilberg citée plus haut s’y trouve. L’article du Journal of Historical Review signé par Theodore J. O’Keefe est traduit de l’américain par Jean-François Beaulieu. La première phrase indique sans détours les intentions de l’auteur : « Un des plus proéminents témoignages qui a été utilisé pour justifier l’histoire de l’Holocauste [je souligne] est celui de l’espion et propagandiste de la deuxième guerre mondiale Jan Karski. » Le dénigrement du témoignage de Karski se poursuit ainsi : « On sait depuis longtemps dans les milieux académiques à tendances révisionnistes que le récit de Karski concernant sa prétendue visite dans un camp pour juifs situé près de Belzec lui a perdu depuis longtemps la faveur des principaux propagandistes exterminationnistes. […] Laqueur ressentit la nécessité d’expliquer l’incapacité de Karski de voir des chambres à gaz en disant “qu’apparemment… celles-ci étaient cachées derrière des barrières et ne pouvaient être approchées qu’avec un permis spécial”(5) . »

Il est ensuite fait allusion au rapport que Karski remit en février 1940 au gouvernement polonais installé à Angers, avec ce commentaire : « Dans ce rapport […], Karski fournissait des informations sur les juifs et les Polonais vivant sous l’occupation nazie et soviétique, mais aussi sur sa propension à trafiquer les faits [je souligne] lorsque nécessaire quand celui-ci désirait s’en servir comme arme de propagande. » Pour discréditer Jan Karski, il suffit de le qualifier de « propagandiste », omettre la relation entre ses Rapports et les faits, en faire un « espion », terme dont la connotation est évidente dans ce contexte – il ne viendrait à l’idée de personne de qualifier Henri Frenay, le colonel Rémy ou Madeleine Fourcade d’« espions ». Par ailleurs, l’une des références de cet article renvoie aux « travaux » d’Arthur Butz, pilier de l’Institut de révision de l’histoire et auteur de L’Imposture du XXe siècle, livre que Pierre Guillaume, l’ami de Robert Faurisson, voulait faire éditer en français (6) . Le but visé est on ne peut plus clair : il s’agit de déconsidérer Jan Karski et son témoignage pour in fine conforter les thèses négationnistes. D’ailleurs, Robert Faurisson lui-même, en juin 1987, s’en prenant à Claude Lanzmann et à son film Shoah, tentait de déconsidérer le témoignage de Karski à propos de ce qu’il avait vu au camp d’Izbica Lubekska. Il s’agissait pour lui de discréditer globalement tous les témoins, sans, bien évidemment, se replacer dans les conditions d’époque. Ce long argumentaire haineux et stupide est (...)



| RECHERCHE |
Plan du site
Témoignages, suppléments, courriers et compléments d'articles...

Découvrez les + d'Arkheia,
un ensemble de contenus exclusifs, à consulter en ligne.
Moczarski, entretien avec un bourreau le SS Jürgen Stroop
A lire : l’analyse critique de l’historien Jean-Louis Panné sur l’ouvrage exceptionnel de Kazimierz Moczarski, Entretiens avec le bourreau (Gallimard).
Gaullisme et antigaullisme
Jean-Luc Bœuf et Yves Léonard, La (...) Le sport est devenu depuis quelques années objet d’histoire . Intérêt logique si l’on considère l’importance qu’il a prise dans nos sociétés contemporaines, à la fois comme pratique sociale et comme (...)
Abonnez-vous !

Pour ne rater aucun de nos n°, abonnez-vous ! Seulement 20 € pour une année complète d’Arkheia