Arkheia, revue d'histoire

Jan Karski, wikipedia et les négationnistes

Par Jean-Louis Panné
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Article publié dans
Seconde Guerre mondiale
Auteur : Historien et éditeur chez Gallimard, il fut jusqu’en 1984 secrétaire de Boris Souvarine. Il est notamment l’auteur de Boris Souvarine, le premier désenchanté du communisme (Robert Laffont, 1993) ; La négation de la famine en Ukraine (1932-1933) (L’Atalante, 2003) ; Jan Karski, Le roman et l’histoire (Ed. Pascal Galodé, 2010.)

(...) régulièrement repris et diffusé par des sites militants d’extrême gauche (7) .

Wikipedia se prête – sans le savoir ? – à cette manœuvre. Ce qui m’a décidé à intervenir en introduisant dans la notice en question l’avertissement suivant : « Le paragraphe introduit sous le titre “Réserves d’historiens” ne repose que sur une phrase de Raul Hilberg sortie de son contexte. Depuis, il s’est lui-même référé au témoignage de Jan Karski dans son livre Exécuteurs, victimes et témoins (1992, 1994 pour l’édition française). Quant à l’attitude prêtée à Walter Laqueur, elle est simplement contredite par une lecture scrupuleuse de l’annexe qu’il a consacrée à Jan Karski dans son livre Le Terrifiant secret. Cette manipulation trouve donc son origine dans les écrits des négationnistes américains qui visent à discréditer le témoignage de Jan Karski pour mieux nier la réalité de la destruction des Juifs d’Europe. »

Michel Borwicz parlait « d’une critique trop confiante ou trop complaisante » à propos du livre de Marek Halter. On a pu faire le même constat à propos de celui de Y. Haenel (8). Dans son compte rendu de l’ouvrage de Haenel paru dans la revue Les Annales Histoire, sciences sociales, Florent Brayard relève l’étrange posture adoptée par le romancier : « Y Haenel fait ainsi avouer au narrateur [Karski] avoir falsifié, dans son livre de 1944 et pour des raisons stratégiques, le récit de son entrevue avec Roosevelt…(9) » Il est vrai que page 144 de son texte, Yannick Haenel fait dire à Jan Karski : « C’est ainsi que je fus obligé de modifier mon livre, afin de lui donner le piquant propre à satisfaire l’éditeur et ses puissants amis. »

Mais cette modification acceptée porte sur l’introduction d’une histoire sentimentale qui n’existe d’ailleurs pas dans le livre de Karski. Haenel opère un déplacement fort étrange puisqu’en réalité, Karski dut s’autocensurer à propos de l’action des communistes en Pologne occupée et sur l’attitude même des Soviétiques envers la Pologne. Il a beau jeu, après cette plus qu’audacieuse falsification de l’histoire et de la pensée de Karski, de déclarer que Karski a « truqué » son témoignage. Curieux cheminement : Haenel se retourne contre « son héros », tout en prétendant parler à sa place. Et ses déclarations intempestives, fruit d’une ignorance non assumée (10), viennent, sans doute involontairement, appuyer le dénigrement que subit Jan Karski dans la notice Wikipedia : Haenel parle de « trucage », les négationnistes comme on l’a vu de « trafic ».

Cette proximité (11) vient de la lecture biaisée de ce que Karski a expliqué à propos de son propre livre et de la censure à laquelle il s’est heurté aux États-Unis à propos des communistes dans la Pologne occupée par les nazis et la politique soviétique qu’il lui fut interdit (...)



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