Arkheia, revue d'histoire

Jan Karski, wikipedia et les négationnistes

Par Jean-Louis Panné
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Article publié dans
Seconde Guerre mondiale
Auteur : Historien et éditeur chez Gallimard, il fut jusqu’en 1984 secrétaire de Boris Souvarine. Il est notamment l’auteur de Boris Souvarine, le premier désenchanté du communisme (Robert Laffont, 1993) ; La négation de la famine en Ukraine (1932-1933) (L’Atalante, 2003) ; Jan Karski, Le roman et l’histoire (Ed. Pascal Galodé, 2010.)

(...) d’aborder alors que les États-Unis étaient engagés dans la Grande Alliance avec l’Union soviétique, et de l’incompréhension de la situation, pourtant bien facile à envisager, dans laquelle s’est trouvé pris Karski, contraint de « maquiller » des éléments factuels de son récit pour ne pas risquer de livrer, malgré lui, des informations susceptibles de nuire à la Résistance polonaise.

À partir de cette confusion et de cette méconnaissance, Y. Haenel a déployé un étonnant discours qui met en cause l’homme et le résistant qu’il prétendait admirer. Il est dérisoire d’opposer Raul Hilberg à Jan Karski, sur un mode en apparence différent de celui des négationnistes, mais dont le résultat risque d’être similaire. C’est ce que Haenel a fait dans Libération en déclarant que l’historien « élimine scientifiquement le témoignage de Karski (12) ». On pourrait relever dans cet article de multiples scories d’une pseudo-culture historique qui ne livre ni ses sources ni son origine – ainsi à propos de Katyn au tribunal de Nuremberg – et qui demanderait à être questionnée.

Haenel a réitéré sans cesse sa prétention à se poser comme le porteur de la parole de Jan Karski. Dans un hebdomadaire, il affirmait vouloir « […] faire entendre le mépris dans lequel la parole de Karski a été tenue », et poursuivait : « J’ai écrit un livre qui prend soin de Jan Karski, qui porte sa parole, qui ressuscite son nom (13). » Ce qui l’autorisait sans doute à proclamer dans le même mouvement que Jan Karski a truqué son témoignage. « On sait qu’il les a volontairement truqués parce qu’on était encore en guerre. », écrit-il sans prendre soin d’expliquer la nature du prétendu truquage. Le témoignage de Karski « sujet à caution » qu’il attribue à l’homme dont il prétend porter la parole, fait donc de Y. Haenel le véhicule d’un « trucage » qu’il réprouve. Contradiction manifeste. S’il portait réellement la parole de Karski, il serait donc le porteur de parole d’un témoin sinon faux du moins bien fragile. Il y a un abîme entre « trucage » et autocensure. Les deux notions n’ont pas la même portée, les deux actes ne sont pas de même nature. Cette accusation de trucage portée par Y. Haenel dans la presse s’inscrit en droite ligne de son propre texte lorsqu’il écrit page 101 : « […] Le chef du Bund, qui lui a servi de guide, propose à Jan Karski de “voir un camp d’extermination des Juifs”. C’est l’un des passages les plus discutés de son livre ; certains pensent même qu’il est impossible que Jan Karski ait vraiment vu ce qu’il décrit. »

Voilà quelles étaient les réserves du « romancier », réserves qui rejoignent d’autres réserves prêtées à des historiens par « certains ». Haenel, porteur autoproclamé de la parole de Karski, côtoie ces « certains qui pensent ». L’imprécision ouvre la porte à n’importe (...)



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